Le président Idriss Déby Itno a limogé mercredi son Premier ministre, Delwa Kassiré Coumakoye, qui a été aussitôt
remplacé par Youssouf Saleh Abbas, le conseiller diplomatique du chef de l'Etat. Le Premier ministre sortant, en poste depuis un peu plus d'un an, était originaire du sud du Tchad. Son successeur
vient de la région du Ouaddaï, dans l'est du pays, où sévissent plusieurs mouvements rebelles hostiles au président Déby. La CPDC, principale coalition de l’opposition tchadienne, se dit prête à
participer à un gouvernement d’ouverture.
Le nouveau Premier ministre tchadien Youssouf Saleh Abbas est un diplomate de formation qui était jusqu’ici le conseiller du président Idriss Déby pour les relations internationales et son
représentant spécial auprès de la force européenne (Eufor), en cours de déploiement dans l’est du Tchad et le nord-est de la République Centrafricaine, pour protéger notamment les refugiés
soudanais du Darfour voisin. Né à Abéché en 1957, Youssouf Saleh Abbas a été le directeur de cabinet de l’ancien président Goukouni Weddeye et, en 1993, est devenu vice-président de la Conférence
nationale souveraine, trois ans après l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby qui avait renversé Hissène Habré en 1990.
Le nouveau chef du gouvernement tchadien a promis de former un gouvernement d’ouverture et de mettre en œuvre les accords politiques
du 13 août 2007, signés entre le pouvoir et l'opposition en vue d'organiser des législatives libres et transparentes. « J'irai vers les responsables politiques qui ont signé cet
important accord, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, pour construire avec eux un gouvernement d'action capable de régler les problèmes quotidiens des Tchadiens...».
Les observateurs pensent que la nomination de Youssouf Saleh Abbas est un signal en direction de l'opposition mais aussi de la communauté internationale qu'a voulu envoyer le président
Déby. Alors que l'on reprochait à Kassiré Coumakoye son peu d'empressement à mettre en œuvre les accords du 13 août 2007, Youssouf Saleh Abbas a inscrit cette priorité en haut de son agenda. Dès
sa prise de fonction, il a manifesté l’intention de consulter les cadres de la Coalition des partis pour la défense de la Constitution (CPDC), la coalition de l'opposition et pourquoi pas,
espère-t-il, en convaincre certains de le rejoindre au sein du gouvernement.
Homme d'expérience, il fut aussi opposant et membre d'un mouvement rebelle, le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT). Son origine ouaddaïenne, la région à l'est du Tchad, devrait aussi lui permettre d'envoyer un signal à cette région d'où sont originaires plusieurs des mouvements armés qui contestent le régime d'Idriss Déby.
La CPDC se dit prête à participer à un gouvernement de large ouverture, à condition que ses préoccupations soient prises en compte par le chef de l'Etat. La CPDC a déposé jeudi à la présidence une série de propositions qui conditionneront, dit-elle, sa participation à un tel gouvernement. Les opposants regrettent tout de même que le choix du nouveau Premier ministre n'ait fait l'objet d'aucune concertation.
Porte-parole adjoint de la CPDC
«Nous, CPDC, nous somme consentant à participer à un gouvernement d'ouverture.»
Le président français, Nicolas Sarkozy, a reçu mardi à Paris l'opposant tchadien Lol Mahamat Choua. Les deux hommes ont parlé de la situation politique au Tchad et du sort du porte-parole de la coalition de l'opposition, Ibni Oumar Mahamat Saleh. Enlevé par les forces de sécurité le 3 février dernier - comme Lol Mahamat Choua et Ngarléjy Yorongar, deux autres opposants aujourd'hui réapparus -, Ibni Oumar Mahamat Saleh est toujours porté disparu. Le président français a réaffirmé sa « détermination » pour que toute la lumière soit faite sur cette disparation. Ce qui semble donner de l'espoir au collectif des avocats des trois opposants tchadiens.
Porte-parole du collectif des avocats des opposants tchadiens
«Le gouvernement tchadien de monsieur Déby est supporté par la France et il est là aussi grâce à la France.»