Quel bilan pour le MJE 3 semaines après son offensive sur
Oumdourman
L’offensive du MJE du Dr Khalil Ibrahim sur Oumdourman le samedi 10 mai 2008
a été apprécié de différente manière. Pour les partisans, le mouvement a atteint sa maturité pour porter la guerre dans la capitale soudanaise. Mais 3
semaines après, une analyse des résultats militaires et politiques enregistrés par le MJE semblent plutôt marquer le début de la fin du mouvementL’exposition organisée par le gouvernement dans l’enceinte de la mosquée de l’Imam Almahadi,exposition
ouverte au public exhibant l’arsenal militaire du MJE,démontre à suffisance,que le Tchad n’a pas les moyens de fournir de tels moyens au MJE et que la main de pays intéressés par la
déstabilisation du Soudan est manifeste. Les
preuves trouvées sur les prisonniers ou les cadavres des assaillants (cartes d’identités, ordres de mission émanant de la présidence, cartes d’accès à la présidence du Tchad, véhicules de
l’armée tchadienne saisies) et le témoignage des prisonniers tchadiens démontrent à suffisance l’implication de Deby et sa supervision directe des
opérations.
L’exposition montre un arsenal des plus sophistiqué,une centaine de canons anti chars, une vingtaine d’anti
aérien,des armes modernes comme de Milans français et en quantité impressionnante,400 véhicules 4*4 land cruiser neufs et des véhicules gros porteur équipés de matériel
anti aériens.L’opération était préparée depuis deux mois par des officiers tchadiens et encadrés par des officiers d’une puissance présente dans la région. 200 véhicules seront
donnés par Deby et les 200 autres ont été fournis par un pays voisin du Soudan.Les fonds nécessaires à la réalisation de l’opération furent transférés via une
banque basée à Ndjamena.
Le 18 avril, les éléments MJE avaient quitté Abéche en direction de Amdjarass avec à leur tête le Dr Khalil et tout son staff
politique et militaire stationné au Tchad, ils seront rejoints le 28 avril par Idriss Deby, qui prononça un discours dans lequel il exige que la guerre soit
porter à Khartoum, condition de son soutien au mouvement. Le 4 mai, le MJE franchi la frontière soudanaise après les dernières mises au point réunissant à Amdjarass à l’Est du Tchad, le Dr
Khalil, le sultan Timan Deby assistés des officiers tchadiens et étrangers. La frontière a été franchie au niveau de Tine et Bahai.
La chevauchée dans le désert suivant les renseignements fournies par une puissance présente sur la région, renseignements ayant
pour objectif d’esquiver l’armée soudanaises pour conserver les forces intactes pour la bataille de Khartoum. Les éléments MJE ont fini par se faire repérer
par l’aviation soudanaise qui pilonna intensément les colonnes tout le long de la province du Kourdoufan, causant la pertes de plus du 1/3 de la force. Arrivé à 150 km de
Oumdourman, le Dr Khalil tient une réunion avec ses principaux collaborateurs pour annoncer les points stratégiques militaires à atteindre dans la capitale khartoum. Face aux réserves de
certains responsables du MJE qui qualifiaient cette opération de suicidaire, il a répondu en ces termes : ne vous inquiétez pas, le travail est prêt à Khartoum, où j’ai des hommes
beaucoup plus nombreux que vous . Sous le feu nourri de l’aviation
soudanaise, les colonnes du MJE n’avaient d’autres choix que de foncer sur Oumdourman pour s’abriter des bombardements. A Karari, faubourg de la Capitale,où il y a l’école des
officiers, une armada de chars attendaient les assaillants qui ont encore subi des pertes importantes. Le restant de la troupe entre dans la ville et s’organise en 3
colonnes.
La 1ère colonne dirigée par le Dr Khalil fonce vers le pont InKhaz reliant Oumdourman et Khartoum. Elle rencontra 3 blindés
postés sur le pont. La colonne a été stoppée net. Le véhicule de Khalil fut touché, il monte sur un véhicule civil et dit à ses hommes qu’il allait vers la radio pour lire un
communiqué. Vu que les choses se compliquent, il décida de quitter immédiatement la ville avec quelques véhicules de son escorte.
La 2ème colonne dirigée par son secrétaire exécutif, Hassan Aldjammali, fonce vers le Quartier Almouhandissine
pour se diriger vers le vieux pont donnant accès à Khartoum. La ligne de défense des forces gouvernementale se place au niveau de l’hôpital militaire.La colonne fut détruite et Hassan Aldjammali
tué, son corps exhibé par la télévision.
La 3ème colonne dirigée par Abdelaziz Nour Ouchar demi frère de Khalil se dirige vers la radio et télévision. Il
en profite pour saboter la centrale électrique de Oumdourman afin de priver la radio d’électricité. La sécurité ayant prévu ce scénario, le sabotage de la centrale n’interrompra pas les émissions
de la télé et radio qui ont couvert sans discontinuité les événements.La colonne fut repoussée à son tour au niveau de la mairie de Oumdourman. Un nombre important de véhicules MJE calciné
jonchant les rues et des cadavres des assaillants exhibés par la télé presque immédiatement après la défection de la colonne. Abdelaziz Nour Ouchar s’échappe en ce moment grâce
à la complicité des partisans, il quitte la ville en direction de Halfa vers la frontière Egyptienne, il fut rattrapé 8 jours après et fait prisonnier.
Au vu de l’état des véhicules MJE exposés, il ressort qu’un nombre important n’a pas pris part au combat.Les éléments MJE affamés, apeuré,
fatigués par la longue chevauchée n’ont pas fourni le 10ème de leur capacité. 2 heures de combat ont suffit pour sécuriser la
ville. Les combattants MJE abandonnant armes et véhicules,tentent de s’évaporer dans la ville en se débarrassant de leur tenu militaire. Des centaines prisonniers identifiés Tchadiens se sont rendus sans aucune résistance, parmi lesquels 87 mineurs qui seront remis à la croix rouge
internationale. A la faveur du couvre feu instauré dès 17h, Les partisans du MJE terrés dans la ville ainsi que les combattants en fuites à la faveur de la nuit vont être recueillis grâce aux
appels téléphoniques interceptés, les aveux fournis par les prisonniers et la coopération de la population avec les services de l’ordre.Le soutien de la population aux forces de défense et de
sécurité et au gouvernement du Président Albachir était à son comble.
La télévision montre les cadavres de rebelles calcinéS, déchiquetés, jonchant les rues
de la ville. Contrairement aux déclaration du Dr Khalil Ibrahim, le pouvoir n’a aucunement été inquiété car le MJE était déjà en déconfiture à son entrée à
Oumdourman. Au vu de l’arsenal récupéré intacte, on suppose que les partisans du MJE dans la ville qui devraient entrer en action en appui à ceux qui ont lancé l’offensive ont
flanchés.Les assaillants ne pouvaient pas faire plus, ils ont décrochés ou se
sont rendus en masse,
Sur le plan militaire :
Près de la moitié de la force MJE avait été détruite bien avant l’entrée de Oumdourman. L’intensité du pilonnage a forcé les éléments MJE à
foncer sur la ville cherchant à faire de la population un bouclier humain. Le gouvernement a alors opté à laisser entrer les rebelles dans la ville et procéder au ratissage. A
Karari, faubourg de Khartoum,des combats à l’arme lourde ont anéanti un
bon nombre de véhicules. Les rescapés considérablement affaiblis, se divisent en 2 colonnes dont l’une fonce vers la radio et Télévision et l’autre vers le pont Al Inkhaz reliant Oumdourman à
Khartoum.
La 1ère a été anéantie par des chars postés au niveau de la mairie de Oum dourman sans pouvoir s’approcher de leur objectif. L’Autre engagea des combats meurtriers
au niveau du pont mais des blindés de l’armée soudanaise ont fait leur apparition et ont stoppé net l’ avancée des rebelles. Un bon nombre de véhicules rebelles n’ont même pas
participé aux combats. Les occupants affaiblis, épuisés par la chevauchée et la faim, connaissant mal la ville, ont du abandonner leur véhicules, se débarrassant de leur tenu militaire contre des
habits civils et s’évaporant dans les rue de Oumdourman. Le couvre feu a été instauré dès 15 H. La plupart des responsables rebelles ont été et leurs véhicules carbonisés, leur
cadavres exhibés à la télévision. Le mouvement a été décapité .Les principaux chefs ont été tué ou faits prisonniers :
* Mahamat Saleh Djarbo le responsable militaire de l’opération, tué
* Mahamat Nouradine son adjoint, tué
* Aldjamali Hassan directeur de cabinet de Dr
Khalil,tué
* Abdelaziz Nour Ouchar demi frère de Khalil
et commissaire aux
renseignements, en fuite rattrapé à Halfa à la frontière de l’Egypte
* Mahamat Bahar vice président du MJE fait prisonnier
* Awad Nour Ouchar demi frère du Dr Khalil,responsable des
finances, arrêté le 2
juin à Ghadarif
*
Mahamat Bichar responsable adjoint des renseignements arrêté Almardi Bachir
souleiman com escadron arrête
La plupart des partisans du MJE ont été débusqués et mis aux arrêts. 1300 Combattants MJE dont la plupart tchadiens ont été faits prisonniers.
Une centaine de véhicules en bon état a été récupérés,environ 60 détruits à oumdourman.
Sur le plan politique
La classe politique soudanaise dans son ensemble a condamné l’agression des mercenaires tchadiens avec
à leur tête Khalil Ibrahim.
Le président Albachir accuse le Tchad et coupe les relations diplomatiques. Les partisans du MJE sont débusques et mis aux arrêts.Les renseignements recueillies auprès de l’Ambassade du Tchad
d’où les éléments MJE sont guidés ont permit à Khartoum de démasquer plusieurs responsable et hommes d affaires partisans ou sympathisant du MJE.Du coup
le réseau de soutien MJE est entièrement neutralisé et l’implication du Tchad et de certaines taupes du régime Deby auprès de l’opposition est mise au grand jour.
Le soutien populaire au gouvernement est à son comble. Le MJE apparaît désormais comme une structure à la solde de l’étranger et étiquettée
comme organisation terroriste. Le gouvernement transforme l’attaque du MJE et les rôles s’inversent : khartoum accusé par la communauté internationale devient l’agressé et le MJE la main
l’agresseur étranger.La perte enregistre par le MJE sur l’échiquier politique
soudanais et sur le plan international n’est pas réversible de sitôt. L’Opinion internationale a condamné unanimement l’agression du Soudan par le Tchad
et d’autres puissances sont doigtées. Par nature,le
MJE étant minoritaire sinon absent du paysage politique de la capital,Khartoum n’ayant pas connu de crépitement d’armes à feu depuis 1976,l’attaque de la ville de Oumdourman a servi de catalyseur
à l’unité de tous les grands partis connu sur l’échiquier national et de la population au tour de son armée, exprimant leur soutien indéfectible aux forces de défense et de
sécurité nationale et leur condamnation sans réserve à tout changement par la force portant atteinte aux institutions :
* le Parti Aloumma de l’Imam Sadik Almahdi
(à l’origine les « Anssar »), parti vieux
de plus de 150 ans.
* le SPLAM du Sud soudan de John
Garang aujourd’hui partenaire au gouvernement.
* le Parti « Itihad
aldimocrati » de Mohamed Ousman Almirghani également qui a
combattu l’occupation coloniale britanique
* le Parti de l’opposition de
l’Est dirigé par Moussa Mohammed Ahmad aujourd’hui
au gouvernement
* le Parti de Mini Arko Minawi signataire de l’accord d’ Abuja
etc….
* Les syndicats et les associations n’ont pas été du reste
Le MJE ne peut s’imposer par la force à toute la classe politique et la société civile. La société soudanaise est très politisée et la prise de
pouvoir par la force est un acte qui relève du passé d’autant plus le SPLAM parti sudiste partenaire au pouvoir avec le parti du Congrès National du Président Albachir issu des
accord de Nivasha ainsi que les autres partis participant au gouvernement ou non,se préparent aux élections présidentielle fixées à 2009, le MJE ne comporte pas d’assise populaire ne peut
aucunement bousculer le paysage politique issue d’accords dont la communauté internationale en est garante, le coup de Oumdourman apparaît plutôt comme une aventure sans
lendemain
Au plan International, la condamnation unanime et sans réserve Qualifiée
d’agression du Tchad contre le Soudan est venue de la ligue arabe dont bon nombre de dirigeant ont fait le déplacement de Khartoum, Les NU par Banki Moon, l’UA par Jean Ping, les Etats de
la Sadec, les USA, la Grande Bretagne, la Chine ,la Russie , même le président Sassou Ngesso ami de Déby …et enfin la RCA de Bozize, ancien poulain de
Deby Les voies
à peine audibles sont des pays comme la France au 3ème jour et la Libye au 4ème jour, gênés par leur soutien au MJE.Le soudan porte plainte contre le Tchad au conseil de sécurité pour la 7eme fois depuis un an avec des
preuves tangibles.
De tout ce qui précède le plan des autorités soudanaise de laisser le MJE entrer dans la ville a eu plusieurs
avantages :
- Décapiter le mouvement militairement et déraciner son réseau de soutien militaire et politique à l’intérieur
- Prendre la communauté internationale à témoin et obtenir la condamnation unanime de l’ agression du soudan par le Tchad et
le MJE comme bras armé de Deby donc loin des souffrances des peuples du Darfour qui apportent leur soutien au gouvernement
- décapiter les bureaux de soutien à étranger dans tous les pays de la ligue
arabe
- déclarer le MJE mouvement terroriste
- faire l’union de toute la classe politique autour des idéaux de paix , de dialogue, de stabilité et de défenses des
intérêts nationaux.
. Le gouvernement transforme l’attaque du MJE et les rôles s’inversent :khartoum qualifié par l’Occident comme l’oppresseur du peuple de
Darfour,devient la victime et le MJE le bras armé de l’agresseur Deby
Les résultas négatifs de cette offensive commencent à se manifester :
- Le régime de Deby considère désormais le MJE comme un ami encombrant et les dirigeants longent les murs à Ndjamena
- Des fissures dans le mouvement se font déjà sentir par les combats inter MJE engagés par des dissidents comme Abdallah
Banda et Bahar Abougarda pour la succession de Dr Khalil Ibrahim à la tête du MJE .
La déclaration du président Albachir selon laquelle « il ne négociera jamais avec le MJE et que les negociations sur le Darfour vont
avoir bientôt un denouement rapide» montre que le gouvernement prend l’initiative de la solution politique à la crise du Darfour et entreprendra un rapprochement rapide avec les autres
mouvements de l’opposition du Darfour concurrents au MJE pour solutionner le conflit en marginalisant ce dernier.
S’il est vrai que grâce au soutien de Deby et des puissances étrangères le MJE
n’aura pas de difficultés à se reconstituer,la perte de la presque totalité de ses cadres politiques et militaires,la montée de l’élan nationaliste du peuple soudanais
défendant les institutions de la république,les condamnation du Tchad et de son mercenaire MJE par la communauté internationale et son inscription dans la liste de mouvement terroriste
contribuerons à réduire considérablement son audience et son efficacité pour bien longtemps. Deby doit s’attendre également au retour du bâton.
Djibrine Mahamat Ahmat
Etudiant tchadien à Khartoum
Web: http:www.tchadespoir.net E-Mail: contact@tchadespoir.net