Samedi 7 juin 2008


     Quel bilan pour le MJE 3 semaines après son offensive sur Oumdourman

L’offensive du MJE du Dr  Khalil Ibrahim sur Oumdourman  le  samedi  10 mai 2008  a été apprécié de différente manière. Pour  les partisans, le mouvement a atteint sa maturité pour porter la guerre dans la capitale soudanaise. Mais 3 semaines après, une analyse des résultats militaires et politiques enregistrés par le MJE semblent plutôt marquer le début de la fin du mouvementL’exposition organisée par le gouvernement dans l’enceinte de la mosquée de l’Imam Almahadi,exposition ouverte au public exhibant l’arsenal militaire du MJE,démontre à suffisance,que le Tchad n’a pas les moyens de fournir de tels moyens au MJE et que la main de pays intéressés par la déstabilisation du Soudan est manifeste. Les preuves trouvées sur les prisonniers ou les cadavres des assaillants (cartes d’identités, ordres de mission émanant de la présidence, cartes d’accès à la présidence du Tchad, véhicules de l’armée tchadienne saisies) et le témoignage des prisonniers tchadiens démontrent à suffisance l’implication de Deby et sa supervision directe des opérations.

L’exposition montre un arsenal des plus  sophistiqué,une centaine de canons anti chars, une vingtaine d’anti  aérien,des armes modernes comme de Milans français et en quantité impressionnante,400 véhicules 4*4 land cruiser neufs et des véhicules gros porteur équipés de matériel  anti aériens.L’opération était préparée depuis deux mois par des officiers tchadiens et encadrés par des officiers d’une puissance présente dans la région. 200 véhicules seront donnés par Deby et les 200 autres ont été fournis par un pays voisin du Soudan.Les fonds nécessaires à la réalisation de l’opération  furent transférés via une  banque basée à Ndjamena.


Le  18 avril, les éléments MJE avaient quitté Abéche en direction de Amdjarass avec à leur tête le Dr Khalil et tout son staff politique et militaire stationné au Tchad, ils seront rejoints  le 28 avril par Idriss Deby, qui  prononça un discours dans lequel il exige que la guerre soit porter à Khartoum, condition de son soutien au mouvement. Le 4 mai, le MJE franchi la frontière soudanaise après les dernières mises au point réunissant à Amdjarass à l’Est du Tchad, le Dr Khalil, le sultan Timan Deby assistés des officiers tchadiens et étrangers.  La frontière a été franchie au niveau de Tine et Bahai.


La chevauchée dans le désert suivant les renseignements fournies par une puissance présente sur la région, renseignements ayant  pour objectif  d’esquiver l’armée soudanaises pour conserver les forces intactes pour la bataille de Khartoum. Les éléments MJE ont fini par se faire repérer par l’aviation soudanaise qui  pilonna intensément les colonnes tout le long de la province du Kourdoufan, causant la pertes de plus du 1/3 de la force. Arrivé à 150 km de Oumdourman, le Dr Khalil tient une réunion avec ses principaux collaborateurs pour annoncer les points stratégiques militaires à atteindre dans la capitale khartoum.
 Face aux réserves de certains responsables du MJE qui qualifiaient cette opération de suicidaire, il a répondu en ces termes : ne vous inquiétez pas, le travail est prêt à Khartoum, où j’ai des hommes beaucoup plus nombreux que vous . Sous le feu nourri de l’aviation soudanaise, les colonnes du MJE n’avaient d’autres choix que de foncer sur  Oumdourman pour s’abriter des bombardements. A Karari, faubourg de la Capitale,où il y a l’école des officiers, une armada de chars attendaient  les assaillants qui ont encore subi des pertes importantes. Le restant de la troupe entre dans la ville et s’organise en 3 colonnes.  

La 1ère colonne dirigée par le Dr Khalil fonce vers le pont  InKhaz reliant Oumdourman et Khartoum. Elle rencontra 3 blindés postés sur le pont. La colonne a été stoppée net. Le véhicule de Khalil fut touché, il monte sur un véhicule civil  et dit à ses hommes qu’il allait vers la radio pour lire un communiqué. Vu que les choses se compliquent, il décida de quitter immédiatement la ville avec quelques véhicules de son escorte.
 

La 2ème  colonne dirigée par son secrétaire exécutif, Hassan Aldjammali,
fonce vers le Quartier Almouhandissine pour se diriger vers le vieux pont donnant accès à Khartoum. La ligne de défense des forces gouvernementale se place au niveau de l’hôpital militaire.La colonne fut détruite et Hassan Aldjammali tué, son corps exhibé par la télévision.  

La 3ème  colonne dirigée par Abdelaziz Nour Ouchar demi frère de Khalil se dirige vers la radio et télévision. Il en profite pour saboter la centrale électrique de Oumdourman afin de priver la radio d’électricité. La sécurité ayant prévu ce scénario, le sabotage de la centrale n’interrompra pas les émissions de la télé et radio qui ont couvert sans discontinuité les événements.La colonne fut repoussée à son tour au niveau de la mairie de Oumdourman. Un nombre important de véhicules MJE calciné jonchant les rues et des cadavres des assaillants exhibés par la télé presque immédiatement après la défection  de la colonne. Abdelaziz Nour Ouchar s’échappe en ce moment grâce à la complicité des partisans, il quitte la ville en direction de Halfa vers la frontière Egyptienne, il fut rattrapé 8 jours après et fait prisonnier.
  

Au vu de l’état des véhicules MJE exposés, il ressort qu’un nombre important n’a pas pris part au combat.Les éléments MJE affamés, apeuré, fatigués  par la longue chevauchée n’ont pas fourni le 10ème  de leur capacité. 2 heures de combat ont suffit pour sécuriser la ville. Les combattants MJE abandonnant armes et véhicules,tentent de s’évaporer dans la ville en se débarrassant de leur tenu militaire. Des centaines prisonniers identifiés Tchadiens se sont rendus sans aucune résistance, parmi lesquels 87 mineurs qui seront remis à la croix rouge internationale. A la faveur du couvre feu instauré dès 17h, Les partisans du MJE terrés dans la ville ainsi que les combattants en fuites à la faveur de la nuit vont être recueillis grâce aux appels téléphoniques interceptés, les aveux fournis par les prisonniers et la coopération de la population avec les services de l’ordre.Le soutien de la population aux forces de défense et de sécurité et  au gouvernement du Président Albachir était à son comble.
La télévision montre les cadavres  de rebelles calcinéS, déchiquetés, jonchant les rues de la ville. Contrairement  aux déclaration du Dr  Khalil Ibrahim, le pouvoir n’a aucunement été inquiété car le MJE était déjà en déconfiture à son entrée à Oumdourman.  Au vu de l’arsenal récupéré intacte, on suppose que les partisans du MJE dans la ville qui devraient entrer en action en appui à ceux qui ont lancé l’offensive ont flanchés.Les assaillants ne pouvaient pas faire plus, ils ont décrochés ou se sont rendus en masse,  

Sur le plan militaire
 : 

Près de la moitié de la force MJE avait été détruite bien avant l’entrée de Oumdourman. L’intensité du pilonnage a forcé les éléments MJE à foncer sur la ville  cherchant à faire de la population un bouclier humain. Le gouvernement a alors opté à laisser entrer les rebelles dans la ville et procéder au ratissage. A Karari, faubourg de Khartoum,des combats à 
l’arme lourde ont anéanti un bon nombre de véhicules. Les rescapés considérablement affaiblis, se divisent en 2 colonnes dont l’une fonce vers la radio et Télévision et l’autre vers le pont Al Inkhaz reliant Oumdourman à Khartoum.
La 1ère  a été anéantie par des chars postés au niveau de la mairie de Oum dourman sans pouvoir s’approcher de leur objectif. L’Autre engagea des combats meurtriers au niveau du pont mais  des blindés de l’armée soudanaise ont fait leur apparition et ont stoppé net l’ avancée des rebelles. Un bon nombre de véhicules rebelles n’ont même pas participé aux combats. Les occupants affaiblis, épuisés par la chevauchée et la faim, connaissant mal la ville, ont du abandonner leur véhicules, se débarrassant de leur tenu militaire contre des habits civils et s’évaporant dans les rue de Oumdourman. Le couvre feu a été instauré dès 15 H. La plupart des responsables rebelles  ont été et leurs véhicules carbonisés, leur cadavres exhibés à la télévision. Le mouvement a été décapité .Les principaux chefs ont été tué ou faits prisonniers :


   * Mahamat Saleh Djarbo le responsable militaire de l’opération, tué
   * Mahamat Nouradine son adjoint, tué           
   * Aldjamali Hassan directeur de cabinet de Dr Khalil,tué
   * Abdelaziz Nour Ouchar demi frère de Khalil et commissaire aux 
     renseignements, en fuite rattrapé à Halfa à la frontière de l’Egypte
  *  Mahamat Bahar vice président du MJE fait prisonnier
  *  Awad Nour Ouchar demi frère du Dr Khalil,responsable des finances, arrêté le 2
     juin à Ghadarif
  *  Mahamat Bichar responsable adjoint des renseignements arrêté Almardi Bachir
    souleiman com escadron arrête
 


La plupart des partisans du MJE ont été débusqués et mis aux arrêts. 
1300 Combattants MJE dont la plupart tchadiens ont été faits prisonniers. Une centaine de véhicules en bon état a été récupérés,environ 60 détruits à oumdourman. 

Sur le plan politique
 

La classe politique soudanaise dans son ensemble a condamné l’agression des mercenaires tchadiens avec à leur tête Khalil Ibrahim.
Le président Albachir accuse le Tchad et coupe les relations diplomatiques. Les partisans du MJE sont débusques et mis aux arrêts.Les renseignements recueillies auprès de l’Ambassade du Tchad  d’où les éléments MJE sont guidés ont permit à  Khartoum de démasquer plusieurs responsable et hommes d affaires partisans ou sympathisant du MJE.Du coup le réseau de soutien MJE est entièrement neutralisé et l’implication du Tchad et de certaines taupes du régime Deby auprès de l’opposition est mise au grand jour.
 

Le soutien populaire au gouvernement est à son comble. Le MJE apparaît désormais comme une structure à la solde de l’étranger et étiquettée comme organisation terroriste. Le gouvernement transforme l’attaque du MJE et les rôles s’inversent : khartoum accusé par la communauté internationale devient l’agressé et le MJE la main l’agresseur étranger.
La perte enregistre par le MJE sur l’échiquier politique soudanais et sur le plan international n’est pas réversible de sitôt. L’Opinion internationale a condamné unanimement l’agression du Soudan par le Tchad et d’autres puissances  sont doigtées. Par nature,le MJE étant minoritaire sinon absent du paysage politique de la capital,Khartoum n’ayant pas connu de crépitement d’armes à feu depuis 1976,l’attaque de la ville de Oumdourman a servi de catalyseur à l’unité de tous les grands partis connu sur l’échiquier national et de la population au tour de son armée, exprimant leur soutien indéfectible aux forces de défense et  de sécurité nationale et leur condamnation sans réserve  à tout changement par la force portant atteinte aux institutions :

* le Parti Aloumma de l’Imam Sadik Almahdi (à l’origine les « Anssar »), parti vieux
   de plus de 150 ans. 
 
le SPLAM du Sud soudan de John Garang aujourd’hui partenaire au gouvernement.
 
* le Parti « Itihad aldimocrati » de Mohamed Ousman Almirghani également qui a
  combattu l’occupation coloniale  britanique
 
* le Parti de l’opposition de l’Est dirigé par Moussa Mohammed Ahmad aujourd’hui
  au gouvernement
 
* le Parti de Mini Arko Minawi signataire de l’accord d’ Abuja etc….
 
* Les syndicats et les associations n’ont pas été du reste 


Le MJE ne peut s’imposer par la force à toute la classe politique et la société civile. La société soudanaise est très politisée et la prise de pouvoir par la force est un  acte qui relève du passé d’autant plus le SPLAM parti sudiste partenaire au pouvoir avec le parti du Congrès National du Président Albachir issu des accord de Nivasha ainsi que les autres partis participant au gouvernement ou non,se préparent aux élections présidentielle fixées à 2009, le MJE ne comporte pas d’assise populaire ne peut aucunement bousculer le paysage politique issue d’accords dont la communauté internationale en est garante, le coup de Oumdourman  apparaît plutôt comme une aventure sans lendemain
  

Au plan International, la condamnation unanime et sans réserve  Qualifiée d’agression du Tchad contre le Soudan est venue de la ligue arabe dont bon nombre de dirigeant ont fait le déplacement de Khartoum, Les NU par Banki Moon, l’UA par Jean Ping, les Etats de la Sadec, les USA, la Grande Bretagne, la Chine ,la Russie , même le président  Sassou Ngesso ami de Déby …et enfin la RCA de Bozize, ancien poulain de Deby
Les voies à peine audibles sont des pays comme la France au 3ème jour  et la Libye au 4ème jour, gênés par leur soutien au MJE.Le soudan porte plainte contre le Tchad au conseil de sécurité pour la 7eme fois depuis un an avec des preuves tangibles.  

De tout ce qui précède le plan des autorités soudanaise de laisser le MJE entrer dans la ville a eu plusieurs avantages :
 

-  Décapiter le mouvement militairement et déraciner son réseau de soutien militaire et politique à l’intérieur
 

- Prendre la communauté internationale à témoin et obtenir la condamnation unanime de l’ agression du soudan par le Tchad et le MJE comme bras armé de Deby donc loin des souffrances des peuples du Darfour qui apportent leur soutien au gouvernement  
 

-  décapiter les bureaux de soutien à  étranger dans tous les pays de la ligue arabe
 

-  déclarer le MJE mouvement terroriste
 

-  faire l’union de toute la classe politique autour des idéaux de paix , de dialogue, de stabilité et de défenses des intérêts nationaux.
 

. Le gouvernement transforme l’attaque du MJE et les rôles s’inversent :khartoum qualifié par l’Occident comme l’oppresseur du peuple de Darfour,devient la victime et le MJE le bras armé de l’agresseur Deby 
 

Les résultas négatifs de cette offensive commencent à se manifester :
 

- Le régime de Deby considère désormais le MJE comme un ami encombrant et les dirigeants longent les murs à Ndjamena
 

-  Des fissures dans le mouvement se font déjà sentir par les combats inter MJE engagés par des dissidents comme Abdallah Banda et Bahar Abougarda pour la succession de Dr Khalil Ibrahim à la tête du MJE .


La déclaration du président Albachir selon laquelle  « il ne négociera jamais avec le MJE et que les negociations sur le Darfour vont avoir bientôt un denouement rapide» montre que le gouvernement prend l’initiative de la solution politique à la crise du Darfour et entreprendra un rapprochement rapide avec les autres  mouvements de l’opposition du Darfour concurrents au MJE pour solutionner le conflit en marginalisant ce dernier.
 

S’il est vrai que grâce au soutien de Deby et des puissances étrangères le MJE
n’aura pas de difficultés à se reconstituer,la perte de  la presque totalité de ses cadres politiques et militaires,la montée de l’élan nationaliste du peuple soudanais défendant les institutions de la république,les condamnation du Tchad et de son mercenaire MJE par la communauté internationale et son inscription dans la liste de mouvement terroriste contribuerons à réduire considérablement son audience et son efficacité pour bien longtemps. Deby doit s’attendre également au retour du bâton.
 



Djibrine Mahamat Ahmat

Etudiant tchadien à Khartoum 

Web: http:www.tchadespoir.net    E-Mail:  contact@tchadespoir.net
 



Par Hamid Kelley
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