NDJAMENA, Tchad, 23 octobre 2008/African Press Organization (APO)/ — Le Comité de suivi mis en place par les autorités
tchadiennes pour mettre en oeuvre les recommandations du rapport de la Commission nationale d’enquête sur les événements de février 2008 n’apporte aucune garanties sérieuses aux victimes et leurs
familles.
La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et ses organisations membres au
Tchad, la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH) et l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (ATPDH) expriment leur plus vives inquiétudes et leur
déception face au silence et aux mesures adoptées jusqu’à maintenant par les autorités tchadiennes pour faire suite aux graves mises en cause de la Commission d’enquête sur les événements
survenus entre le 28 janvier et le 8 février 2008 et leurs conséquences1
et notamment, la disparition forcée de l’opposant M. Ibni Mahamat Saleh et les graves violations des
droits de l’Homme perpétrées par l’Armé nationale tchadienne (ANT) en février 2008.
La FIDH, la LTDH et l’ATPDH regrettent que les autorités tchadiennes n’aient apporté aucune réponse quant au sort de M.
Ibni Mahamat Saleh, enlevé par les forces armées le 3 février 2008, et celui des des prisonniers de guerre et n’aient toujours pas engagé d’enquêtes et de poursuites à l’encontre des agents de
l’état qui se seraient rendus responsables de violations graves des droits de l’Homme au cours de cette période.
Au contraire, les autorités tchadiennes semblent vouloir à présent éluder leurs responsabilités à l’égard des victimes
et de leurs engagements internationaux. En effet, le 20 septembre 2008, le président tchadien M. Idriss Deby Itno a adopté un décret instituant un Comité de suivi chargé de la « préparer
et de soumettre à l’approbation du Gouvernement l’ensemble de mesures relatives aux recommandations contenues dans le rapport de la Commission d’enquête ». Ce comité composé
exclusivement de ministres, sans observateurs internationaux et sans participation d’aucune sorte de la société civile, ne comporte aucune garantie permettant de croire que les autorités vont :
reconnaître publiquement leurs responsabilités dans les violations graves des droits de l’Homme perpétrées en février 2008, donner des explications sur le sort d’Ibni Mahamat Saleh, poursuivre
les enquêtes sur les violations, engager des poursuites contre les auteurs, indemniser les victimes, mettre en place les réformes nécessaires à la non-répétition de ces faits.
La FIDH, la LTDH et l’ATPDH demandent instamment aux autorités tchadiennes de :
et les appellent de nouveau à mettre pleinement en oeuvre les recommandations de la Commission, en particulier
:
La FIDH, la LTDH et l’ATPDH appellent la France, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)
et l’Union européenne (UE) - observateurs auprès de la Commission d’enquête, qui dans une déclaration publique2 avaient regretté que « la manifestation de la vérité n’a pu être faite sur certaines affaires, en particulier sur le
cas emblématique de la disparition de l’opposant politique Ibni Oumar Mahamat Saleh » et réaffirmé « leur attachement profond à ce que toute la lumière soit faite sur ces
faits graves », à recommander aux autorités tchadiennes la modification de la composition et du mandat du Comité de suivi.
Rappel :
Aux fins d’enquêter sur les graves violations des droits de l’Homme perpétrées à la suite de la
tentative de coup d’État au Tchad le 2 février 20083, une Commission d’enquête, composée entre autres d’observateurs internationaux et d’organisations indépendantes de la société civile, avait été mise en place par les autorités
tchadiennes. La FIDH, la LTDH et l’ATPDH avaient salué le travail effectué par cette Commission et se sont réjouies que les autorités tchadiennes aient publié ce rapport le 3 septembre
2008.
Dans le cadre de ses travaux, la Commission d’enquête avait souhaité auditionner la FIDH aux fins de
recueillir les informations dont elle disposait sur les cas de violations des droits de l’Homme4. Les conclusions et recommandations issues du rapport de la Commission d’enquête reflétaient largement les préoccupations
soulevées lors de cette audition par la FIDH et ses organisations membres.
Selon le rapport «l’armée tchadienne s’est rendue responsable [...] de l’utilisation disproportionnée et
indiscriminée de la force [...] en violation du droit international humanitaire, dans des sites non militaires et parmi les populations civiles», «des enlèvements et des arrestations,
des actes d’intimidation à l’encontre des opposants politiques ont eu lieu après le retrait des rebelles de N’Djaména; [ce qui] met clairement en cause la responsabilité des Forces de défense et
de sécurité». À ce propos, selon ce rapport, «on peut également en inférer à la responsabilité de l’État tchadien». La responsabilité de l’Etat tchadien est retenue aussi par la
Commission dans la disparition forcée de l’opposant politique M. Ibni Oumar Mahamat Saleh, confirmant ainsi les informations selon lesquelles il avait été arrêté par des militaires loyalistes. La
FIDH, la LTDH et l’ATPDH ont déploré cependant que la Commission n’ait pu apporter aucun élément nouveau sur le sort de l’opposant politique après son arrestation. Nos organisations appellaient
par conséquent les autorités tchadiennes à faire toute la lumière sur les circonstances exactes de cette disparition forcée et sur les responsabilités spécifiques des plus hautes autorités
militaires. En outre, la Commission a conclu à la responsabilité des forces gouvernementales mais aussi des rebelles dans les nombreux cas de viols commis à l’encontre des femmes et des jeunes
filles et dans les actes de torture et de détentions arbitraires.
La FIDH, la LTDH et l’ATPDH regrettaient cependant que les commanditaires et auteurs des exécutions sommaires n’aient pu
être identifiés et appellaient en septembre 2008 les autorités tchadiennes à mettre pleinement en oeuvre les recommandations de la Commission, en particulier :
SOURCE : International Federation of Human Rights
(FIDH)